平行的世界 / Entre deux mondes

J'existe entre vrai et vrai, faux et faux, et parfois vrai et faux.

平行的世界 / Entre deux mondes
Lia & 我

在那個平行的世界裡面,我時常身穿一件大大的老式西裝,顏色過於陳舊以至於無法分辨。我的房間裡面只有書和紙筆,隨時為偶然出現的思路展開。噢,也許,還應該有一座老式的收音機或者黑膠播放器。功能並不是說很重要。重要的是,它可以發出低沉的音樂來陪伴我苦惱于靈感不再的日子。黑色或者深灰自然是整個房間的基調。任何嘈雜或者張揚都是不必要的。

Dans l’autre monde, je porte toujours un vieux costume, trop usé pour qu’on puisse encore lui donner une couleur. La pièce où je vis ne contient presque rien : des livres, des feuilles éparses, quelques stylos. Tout est à portée de main, au cas où une phrase déciderait soudain d’exister. Il y a aussi un vieux poste de radio. Ou peut-être un tourne-disque. Peu importe. Leur seule raison d’être est de laisser flotter une musique grave, assez discrète pour accompagner les jours où les mots refusent de venir. Le noir, le gris, quelques ombres. Rien de plus. Le moindre éclat y semblerait déplacé.


我原本就一直以為我這樣的創作絕大多數時間可以不接地氣地。實在需要了就再次穿梭到現在的這個紀元。去到鬧市喧囂的地界,一次性採集好再回去。
另一個紀元裡引力不是很大。甚至渺小到可有可無的地步。這樣我就可以懸浮在半空。假想著魚兒一般活在水裡。呼吸依舊是必須的,但是頻率可以大大降低。至於其它的生命基本需求。都因為紀元的不同而一律忽略不計了。
那邊,沒有了固定的情感跟責任,浪漫是隨時隨地的召之即來揮之即去。廉價到無人憐惜。寫作的內容也大不同於地球。完全是不找邊際的遐想,對整個周遭的忽視。不用考慮出版,因為那是蠅營狗苟為了生計的情非得已。既然沒有了生活的基本需求,也就沒有了壓力。創作的唯一動機就是創作本身。單純而且純粹。一旦有任何斷線就停下來,讓自己和筆都在半空中懸浮著漂一陣子。直到靈感的回歸再睜開眼睛,執筆繼續。

J’ai longtemps cru qu’un écrivain pouvait vivre loin du monde. Le quitter sans vraiment l’abandonner. Lorsque les réserves d’humanité venaient à manquer, il suffisait de revenir ici, quelques heures seulement, de traverser les rues, d’écouter les foules, de recueillir quelques fragments de vie, puis de repartir.

Là-bas, la gravité n’est presque plus qu’un souvenir. Je flotte sans effort. Parfois, j’ai l’impression d’être un poisson ayant oublié qu’il vivait autrefois dans l’eau. Respirer reste nécessaire, mais l’air circule plus lentement, comme si le temps lui-même hésitait à avancer.

Les autres besoins ont disparu. Ils appartiennent à ce monde-ci. Dans cet autre univers, il n’existe ni devoir, ni attache durable. Même la passion est devenue légère. Elle apparaît, disparaît, sans laisser de traces. Personne ne cherche à la retenir.


在這平行的紀元裡面,沒有了電子污染。一切幾乎退回到這個紀元認為不可理喻的地步。但是所有這個世界的原罪也消失在穿梭中間。沒有了慾望,也沒有了因為俗套的物質攀比所產生的不切實際。幾乎可以好不誇張的說,每個個體甚至可以考慮忽視周邊的一切存在。我只需自顧自的低頭奮筆疾書。
直到某一天,時間和穿梭于兩個世界的通道中斷。原本以為可以肆意享受的不受限製戛然而止。一個世界裡的我繼續裝著孫子,為了面子而不得不情願辦成傻子。另一個世界裡的我則因為完全不接地氣和過於封閉而最終陷入靈感的終極枯竭。生不如死的懸掛在半空中,不知所以。一邊是生不如死的傻子,一邊是死莫若生的瘋子。
兩個平行的世界,既然都不屑於我的存在,也就無人在乎我的消失。這樣很好。零落成泥碾作塵之後,香如故的筆觸也許反而會有可能得到某種超出預期的欣賞。從而得到永生的權利了。這何嘗又不是在兩個平行世界里都走了一回的我的夢想啊。萬歲萬歲萬萬歲。給自己。

L’écriture n’y ressemble plus à celle des hommes. Elle ne raconte rien. Elle ne cherche personne. Elle avance sans destination, libre de toute nécessité. Plus personne ne songe à publier. Publier appartenait au monde où il fallait vivre pour gagner sa vie. Ici, vivre ne coûte rien.

Alors on écrit.

Simplement parce qu’il n’existe aucune autre manière d’être présent. Lorsque le fil se rompt, je ne lutte pas. Je laisse mon corps, mon stylo et la phrase inachevée demeurer suspendus dans le silence.

L’inspiration revient toujours autrement.

Il suffit d’attendre.

Dans cet univers parallèle, les écrans n’ont jamais existé. Le bruit du monde s’est dissous quelque part entre les deux réalités. Avec lui ont disparu le désir, la comparaison, la fatigue de vouloir posséder davantage que les autres.

Chacun pourrait oublier jusqu’à l’existence de son voisin. Moi, j’écris.

Les yeux baissés. Comme si le reste n’avait jamais eu lieu. Puis un jour, le passage s’est refermé.

Sans prévenir.

Dans ce monde-ci, je suis resté parmi les hommes. J’ai appris à sourire lorsque cela était attendu, à jouer les naïfs lorsque c’était plus simple, à préserver les apparences comme on entretient une vieille façade.

Dans l’autre, c’est le silence qui m’a consumé.

À force de ne plus toucher la réalité, l’imaginaire s’est lentement vidé de lui-même.

Je suis demeuré suspendu entre deux mondes, incapable de tomber, incapable d’avancer.

D’un côté, un homme qui survit.

De l’autre, un homme qui ne sait plus pourquoi il écrit.

J’ai compris trop tard qu’aucun monde ne suffisait à lui seul.

Le réel blesse.

Le rêve finit par dessécher.

Les deux réclament quelque chose que l’autre ignore.

Alors, si ces deux univers peuvent continuer sans moi, qu’ils le fassent.

Mon absence ne changera rien à leur équilibre.

Et peut-être est-ce mieux ainsi.

Lorsque le temps aura réduit mon corps en poussière, il restera peut-être quelques phrases.

Quelques pages oubliées.

Quelques mots capables de respirer sans leur auteur.

Je ne demande rien de plus.

Seulement que les mots vivent un peu plus longtemps que celui qui les aura écrits.