城市與孤鳥 / Ville et oiseaux
Écrire me permet de continuer de respirer comme les deux rapaces.
高樓聳立的現代化熱帶雨林裡。每個匆匆忙忙的個體都渾渾噩噩地活著。漫無目的,不夾雜任何情感地退化著。毫無表情的面具下面,是一個又一個被固化了的、什麼都無所謂的另一張面具。
Dans cette faune moderne faite de gratte-ciel, chaque individu pressé vit dans un état de torpeur. Sans but, sans la moindre émotion, ils régressent sans même s'en rendre compte. Sous des visages sans expression se superposent masque après masque, figés, identiquement indifférents à tout.
早出晚歸,朝九晚五,賺大錢的,打小工的,欺詐的和被榨取的,都逐漸適應了這一切。樂得其所地完成著自己的角色扮演。皮囊裹著麻痺了的靈魂,認認真真地完成著來這世間走上一遭所應該完成的簡單任務。一旁喝彩的,和因此而興奮、繼續賣命的,都沒能擺脫各自的宿命。困在屬於自己的角色裡。
Du matin au soir, du lever au coucher, qu’ils gagnent des fortunes ou survivent de petits boulots, qu’ils soient exploiteurs ou exploités, tous finissent par s’adapter. Chacun accomplit avec application son propre rôle. Des enveloppes charnelles enveloppent des âmes sans en posséder, exécutant consciencieusement la tâche la plus simple : venir au monde, puis en repartir. Ceux qui applaudissent, comme ceux qui s’en exaltent et continuent de se tuer à la tâche, n’échappent pas davantage à leur destin. Tous restent prisonniers du rôle qui leur est assigné.
在這個灰色、沒有感情的,由鋼筋水泥構成的現代化叢林裡,有兩棟挨得很近的樓房。兩戶人家窗戶離得很近,依然是面對面。因為沒人在乎陽光,所以間隔得如此接近。可那種觸手可及的感覺,終究只是一種假象。
Dans cette jungle moderne de béton et d’acier, grise et dépourvue de sentiments, se dressent deux immeubles très proches l’un de l’autre. Les fenêtres de deux appartements se font face, séparées par une distance indignée de ce nom. Personne ne se soucie plus de la lumière, alors on construit toujours plus près. Et pourtant, cette impression de pouvoir se toucher reste une illusion.
兩家窗台上,各自擺著一個一模一樣的籠子。現代化生產線上流水作業的產物,沒有任何個性,彼此雷同。兩個籠子裡,分別裝著一隻小鳥。不知道是因為光線的晦暗,還是養鳥人的心情早已麻木,總之,兩隻小鳥的羽毛看起來沒有任何生氣。灰色的,像周圍死氣沉沉的樓房。
Sur les rebords des fenêtres, dans chaque appartement, repose une cage parfaitement identique. Des produits standardisés, issus d’une chaîne de montage moderne, sans la moindre singularité. Dans chacune de ces cages vit un petit oiseau. Est-ce à cause de la pénombre, ou de l’engourdissement de leurs propriétaires, nul ne le sait ; toujours est-il que leurs plumes semblent dépourvues de toute vitalité. Grises, comme les immeubles mornes qui les entourent.
日復一日,年復一年,逝水流年似乎也把它們變得越來越沉默。沒人記得它們最後一次鳴叫是什麼時候。如果你去問它們各自的主人,他們一定會說:有啊,當然有,它們很快樂。可細細一想,是啊,最後一次真正聽到它們的叫聲,到底是什麼時候來著?
Jour après jour, année après année, le temps qui s’écoule semble les rendre de plus en plus silencieux. Personne ne se souvient de la dernière fois où ils ont "chanté". Si vous demandiez à leurs maîtres, ils répondraient sans hésiter : « Bien sûr que si, ils chantent. Ils sont heureux. » Mais en y repensant, quand a-t-on réellement entendu leur chant pour la dernière fois ...
就這樣,沒有了顏色的城市裡,從心情到環境,全都是灰蒙蒙的。兩隻同病相憐的鳥兒。好幾次不經意的四目交錯,在電光火石的一秒裡,似乎有一種莫名的衝動,一種在遙遠記憶裡曾經存在過的感覺,讓喉嚨微微發癢。可太久、太久沒有發聲了。久到連該如何釋放那份衝動,都已經忘記。於是,那一閃而過的感覺,一次又一次地消失在一團灰色之中。
Ainsi, dans cette ville sans couleur, où l’humeur comme l’environnement sont noyés dans le gris, vivent deux oiseaux partageant le même sort. À plusieurs reprises, leurs regards se croisent par inadvertance. Dans l’espace d’une seconde fulgurante, une impulsion étrange surgit, un sentiment enfoui au fond d’une mémoire lointaine, faisant légèrement picoter leur gorge. Mais voilà trop longtemps qu’aucun son n’en est sorti. Si longtemps qu’ils ont oublié comment libérer cette impulsion. Alors, ce sentiment fugitif se dissout, encore et encore, dans la masse grise qui les engloutit.
兩隻鳥似乎懂了彼此,又似乎沒有;似乎靠近了彼此,又似乎始終隔著什麼。甚至有那麼一天,這兩個傢伙不約而同地生出了一個異想天開的念頭——逃離這一切。可衝動,通常在現實鋪天蓋地的嘲笑聲中顯得那麼無力,很快便敗下陣來。
Les deux oiseaux semblent se comprendre, ou peut être pas. Ils semblent se rapprocher, et pourtant quelque chose les sépare en permanent. Un jour même, sans s’être concertés, ils nourrissent la même idée insensée : fuir tout cela. Mais l’élan, face aux rires moqueurs et écrasants de la réalité, se révèle vite impuissant et s’effondre sans résistance.
接下來的日子裡,沒人知道發生了什麼。也沒人在乎發生了什麼。每個人都繼續按照棋盤上的印記移動,周而復始,直到新的棋子將舊的淘汰。
Les jours suivants, personne ne sut ce qui s’était passé. Personne ne s’en soucia. Chacun continua d’avancer selon les marques tracées sur l’échiquier, encore et encore, jusqu’à ce que de nouvelles pièces remplacent les anciennes.
至於那兩隻鳥兒呢?
好像曾經有過。
只是,再也沒人提起。
Quant aux deux oiseaux ?
Il semble qu’ils aient existé, autrefois.
Simplement, plus personne n’en évoqua guère.